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Brochets : ne manquez pas votre début de saison

Crédit photo Arnaud Brière
Les mois de mars et avril marquent la sortie de l’hiver et le retour d’une activité marquée pour les brochets. Mais cette période est très versatile en ce qui concerne la météo, et les années se suivent mais ne se ressemblent pas. La température de l’eau est un élément majeur, qui va directement conditionner l’activité des poissons, les postes sur lesquels ils se trouvent et, conséquemment, les différentes approches possibles.

Si une saison douce a favorisé un frai précoce, les poissons se seront déjà redistribués sur les postes de chasse. A contrario, une eau froide qui a retardé la reproduction laissera les poissons à proximité des frayères où ils se refont une santé après cet exercice éreintant… Ceci est bien évidemment à pondérer avec votre secteur de pêche (à de très rares exceptions près dans le privé ou à l’étranger à cette époque), car les frayères sont bien souvent à proximité immédiate des postes de chasse sur les petits plans d’eau, ce qui sera rarement le cas sur un lac de 3000 ha. Si les poissons n’y sont pas, il faudra regarder du côté des zones de confort, plus profondes, et probablement tout changer quant à la technique employée ! L’objectif de ce papier est de vous proposer quelques « idées » qui pourront vous aider à mieux appréhender cette approche de début de printemps pour réussir avec régularité. Pas question de décortiquer toutes les situations topographiques, météorologiques ou techniques… Voici quelques valeurs sûres dans tous les compartiments du jeu pour partir mieux armé !

Les jerkbaits de coloris agressifs, une valeur sûre.
Crédit photo : Arnaud Brière

Les premiers mois de printemps : c’est jerkbait

Mes premiers lancers, lors de la reprise de la saison brochets, sont toujours armés d’un bon vieux jerk… Au-delà de ma prédilection pour cette technique, ce sont les résultats enregistrés depuis vingt ans qui dictent cette décision. Je ne m’aventurerai pas à vous donner une explication probablement fumeuse sur ce phénomène, mais il est indiscutable que dans les eaux encore fraîches, voire froides de cette saison, les jerkbaits font « bouger » les poissons, et pas que les petits. Dans les zones shallows, qui chauffent vite au moindre rayon de soleil (les poissons y montent volontiers pour grappiller un ou deux degrés) mais également sur les tombants délimitant une zone plus profonde où sont encore stationnés les poissons blancs, les jerkbaits bougeront beaucoup d’eau. Ils émettent des vibrations agressives perceptibles de loin. Ils ont cette capacité à déplacer des poissons sur plusieurs mètres et à déclencher des touches. Les coloris agressifs du genre « perroquet » ou Fire Tiger sont excellents. C’est également une bonne période pour sortir la version Pike, sans doute une réminiscence de la période pas si lointaine où il faisait bon mettre un coup de dent sur les petits présents sur la frayère.

Le début de saison est vraiment une période favorable au jerkbait.
Crédit photo : Arnaud Brière

Jouer sur le bruit, l'animation...

Si le jerkbait est souvent le bon choix à cette période, il faudra cependant valider la bonne animation : agressive ou lente, mais presque toujours entrecoupée de longues pauses. Il faudra choisir entre vos meilleurs modèles, à billes ou sans. Mon expérience me fait dire que cela dépend vraiment des jours, sans qu’il soit possible de déterminer quelles situations appellent le « rattle » ou non. Par jour de grand vent, la théorie ou la logique humaine porteront notre choix sur les leurres à billes. C’est pourtant loin d’être systématique. De même, sur une zone calme aux eaux claires, les jerkbaits no rattle ne font pas toujours la loi… Mettons cela sur l’humeur des poissons. À vous de la définir. Si rien ne rentre, avant de passer à autre chose, essayez donc quelques lancers sans animer. Ramenez votre jerk en cranking, un peu de la même manière qu’un slider, avec de bonnes pauses. Cette approche réserve régulièrement de bonnes surprises. Si d’aventure vous déclenchez quelques touches avec cette astuce mais sans vraiment concrétiser de résultats, sortez un leurre à bavette de type Super Shadow Rap ou K-Ten. Les brochets sont des poissons qui réagissent énormément aux vibrations captées par la ligne latérale (vibration haute fréquence pour simplifier, liée au déplacement du leurre dans l’eau). Le wobbling, c’est-à-dire le déplacement latéral du poisson nageur, est donc fondamental. Ainsi, une bavette va supprimer le slide (glissade latérale du leurre à droite et à gauche de sa ligne de course) mais va augmenter fortement le wobbling et donc changer la vibration émise. C’est régulièrement la solution lorsque les jerkbaits lipless ne « rentrent » pas à cette saison.

Le K-Ten, une valeur sûre
Crédit photo : Arnaud Brière

N’oubliez pas les minnows

J’ai souvenir d’une après-midi de pêche au mois de mars en Irlande qui a profondément et durablement changé ma vision de la pêche à cette saison. Nous étions sur les tombants d’une fosse où étaient censés se tenir les brochets. Les jerkbaits pleuvaient sur la zone sans en déclencher aucun. Seules quelques touches violentes mais courtes nous tenaient en alerte sans que nous ne réussissions à en concrétiser aucune. C’est finalement un de mes compagnons du jour qui rentre coup sur coup deux truites incroyables de plus de 70 ; cela nous a fait comprendre que ce ne sont pas des brochets qui attaquent nos leurres depuis deux heures mais bien les grosses brown trouts, présentes en nombre sur la zone. Nous sommes alors tous passés au jerkminow dans l’espoir d’en déclencher davantage, ou du moins de mieux les ferrer. Et là, surprise, nous avons commencé à enchaîner les brochets. Les truites tapaient sur les Busters, et les brochets sur les X-Rap 10, sans exception… Le monde à l’envers. Ce jour-là, les brochets voulaient de petites proies et refusaient tous les gros leurres. Sans doute une histoire de prédation particulièrement focalisée. Toujours est-il que cette expérience est restée gravée dans ma mémoire et que les jerkminows ont repris du galon dans mes boîtes (je les utilisais énormément il y a quinze ans). Ces petits poissons nageurs ont besoin d’être animés sèchement pour adopter une nage erratique. Ils sont très souvent attaqués sur les phases de pause et sont assez « exclusifs ». Entendez par là que si les brocs sont focalisés sur ce type de taille ou de vibration, il sera difficile de les prendre avec autre chose. Je n’hésite donc pas à les sortir à cette saison, surtout dans les petits milieux. Si les petites bavettes et les animations saccadées ne donnent rien, regardez du côté des longbills (grandes bavettes qui les feront plonger davantage). Ramenés en linéaire dans une couche d’eau plus profonde et rendus « vulnérables » par de longues pauses, ils sauront déclencher les poissons stationnés à proximité du fond et rechignant à se rapprocher de la surface !

Un minnow ou un longbill sont parfois la clé pour rencontrer la réussite.
Crédit photo : Arnaud Brière

Il n’y a pas que les leurres durs

Vous l’aurez compris, j’aime les leurres durs, d’autant qu’ils correspondent bien à mon envie d’en découdre du début de saison. Pourtant, il faut bien l’admettre, ils ne sont pas toujours la panacée, et il faut parfois se résoudre à sortir un shad pour aller prospecter dans les zones de confort où stationnent les poissons. À cette saison, les shads me servent de radar et permettent de trouver les poissons plus en profondeur. Ramenés en cranking lent près du fond, ils donnent de bonnes infos sur le palier où stationnent les poissons. Pour ma part, j’utilise pour ce faire des shads de petites tailles (entre 10 et 15 cm) que j’anime très peu. Il arrive que les brochets soient vraiment posés sur le fond. J’augmente alors un peu la taille de mes leurres souples (pour passer à 15 cm) et je les ramène en cranking à deux à l’heure sur le fond. Cet exercice demande une bonne dose de calme, car il est difficile de garder un rythme rigoureusement lent pendant de nombreux lancers. Personnellement, j’espère toujours ne pas en arriver à cette extrémité. De nombreux plans d’eau et rivières sont riches en grosses sangsues noires (Haemopis sanguisuga). Contrairement à ce que leur nom indique, elles ne se nourrissent pas de sang mais de petits invertébrés. À ma connaissance, il en existe plus de vingt espèces en France ! Elles sont également riches en protéines et sont, à ce titre, particulièrement recherchées par les carnassiers dans les eaux froides. Je pense qu’il y a même des jours où les brochets sont focalisés sur ces proies, notamment au mois de mars. Pour l’avoir vécu de nombreuses fois, je peux vous assurer qu’on peut passer de la perplexité due à l’absence de touches à l’euphorie liée à un véritable carton grâce à cette astuce… Un curl tail de 12 cm, noir ou marron, ramené assez vite en pleine eau, sauvera peut-être votre partie de pêche. Non, je n’ai pas écrit cet article le lendemain d’un réveillon trop arrosé !

Un shad reste toujours une option intéressante, tout spécialement pour pêcher lentement
Crédit photo : Arnaud Brière

« Mais ferre bon sang ! »

Je dis souvent que la pêche du brochet, et notamment la recherche des gros poissons, c’est 50 % la tête, 50 % le ferrage. Réflexion et abnégation pour la première moitié et ferrage pour la seconde. Le ferrage vient terminer une action globale réussie : choix du poste, choix du leurre et bonne animation. Il est tellement dommage de rater la dernière marche que cet exercice mérite vraiment d’être travaillé. Je le vois clairement sur les camps de pêche, un nombre incalculable de poissons, et particulièrement de gros, sont ratés à cause du ferrage, qui est trop mou et pas assez appuyé. Les mauvaises langues disent en souriant qu’on rate toujours les gros et, sans le savoir ils ont raison ! Entre un pêcheur qui ferre bien et un autre qui ferre mal, le bilan en fin de semaine est sans appel : les scores peuvent aller de un à dix, alors qu’ils ont touché le même nombre de poissons. Un beau poisson possède beaucoup de forces dans la mâchoire, et lorsqu’il se saisit du leurre, il faut de la puissance pour le déplacer dans la bouche (très dure dans le cas du brochet) et pour faire pénétrer les hameçons. Ceci est particulièrement vrai avec les jerks qui sont des leurres souvent « pris » par le travers. On le remarque moins avec un leurre souple, qui s’écrase davantage, ou un swimbait souvent engamé par l’arrière.

Peu importe la technique, la capture d’un brochet reste un moment magique, tout particulièrement en début de saison.
Crédit photo : Arnaud Brière

Le bon geste

Il n’y a que l’expérience et l’entraînement qui amènent un bon ferrage. La force importe peu, et il est faux de penser qu’un géant ferrera mieux qu’un petit gabarit (si, quand même un peu…). Le secret d’un bon ferrage vient d’ailleurs : concentration, bonne position et bonne canne, ce qui implique réactivité, vitesse et amplitude ! Si vous sentez que vous pouvez ferrer un peu mieux, il y a différentes choses à regarder. Tout d’abord, je propose toujours au pêcheur de bien se positionner dans le bateau et d’anticiper le ferrage histoire de ne pas être gêné par le voisin ou un moteur. Imaginer à l’avance sa trajectoire est un vrai plus. Ensuite, l’angle formé par le fil et la canne doit être ouvert le plus possible. En gros, votre canne doit être orientée en direction de votre leurre histoire de ne pas perdre un seul centimètre de course. Un angle aigu diminue fortement l’amplitude et l’efficacité de votre geste (et ça n’apporte rien à l’animation). Votre geste doit être rapide et ample. La canne doit partir en biais sur le côté. Il est évident qu’un bon contrôle de la ligne aide dans cette opération et que l’efficacité sera au rendez-vous si vous êtes au contact de votre leurre. Enfin, je finirai en disant que certaines cannes ferrent mieux que d’autres. Longueur adaptée à votre morphologie et réserve de puissance suffisante dans le blank. Une canne un peu plus longue sera très souvent plus efficace qu’un autre modèle plus court. De même, les blanks à forte conicité sont souvent les plus adaptés aux pêches fortes du brochet. Il suffit de regarder les grands champions comme Sylvain Legendre ou Gael Even, ou la diffusion d’une compétition US, pour comprendre que le ferrage n’est pas un vain mot. Ne négligez pas cet aspect des choses, il peut transformer votre vie de pêcheur de brochets.

Le brochet est un poisson parfois compliqué à ferrer, restez concentré
Crédit photo : Arnaud Brière

Trouver la bonne recette

Les beaux jours arrivent, et l’excitation vous gagne. Cet article n’est pas exhaustif quant aux aspects de la pêche du brochet en début de saison, mais cela vous aidera, j’espère, à faire des choix. Il faut souvent tâtonner pour trouver la recette gagnante, mais l’expérience et le feeling vous aideront à aller plus vite. La réflexion et l’observation imposent des logiques qui vous feront faire mouche. N’oubliez pas que la pêche doit être un plaisir, et que c’est d’abord cette quête qui doit guider vos choix. Le brochet est parfois un poisson lunatique, mais il est très rare qu’il n’existe pas au moins une solution pour en déclencher quelques-uns.

 

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Brochets, Sandres, Perches

Magazine n°122 - Mars & avril 2021

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