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Ouverture truite 2023 : quel avenir pour nos truites après la sécheresse 2022 ?

Dans les rivières de montagne, les niveaux ont atteint des seuils très bas, mais les truites ont globalement bien traversé la crise. 

Crédit photo Marc Delacoste
Après avoir dressé un état des lieux en France, plus ou moins rassurant en fonction des régions et des rivières, Marc Delacoste aborde l’avenir de nos truites mais aussi de nos rivières. La libre circulation des poissons peut avoir sauvé bon nombre de farios sauvages là où la fameuse continuité écologique a été restaurée. À méditer pour l’avenir !

Quelles vont être les conséquences de cette sécheresse pour nos populations de truites ? Est-ce que tout est foutu et faut-il tout de suite chercher des antidépresseurs ? Analysons tout d’abord les choses calmement. Le premier point à considérer est la variabilité des situations d’une région à l’autre, et même d’un bassin hydrographique à l’autre. Si la sécheresse a été globalement très forte en France, elle n’a pas eu les mêmes conséquences partout, comme le montre l’analyse par région dans les pages précédentes. Dans ces secteurs un peu préservés, c’est donc un ouf de soulagement, même s’il faut attendre de connaître les résultats des inventaires piscicoles et des suivis pour faire un bilan plus définitif des impacts.

Le recrutement des truites farios avait été bon sur de nombreux secteurs en 2021. Croisons les doigts pour qu’il en soit de même en fin de saison 2022. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Quelles conséquences sur l’ouverture 2023 ?

Dans les secteurs les plus touchés, la sécheresse 2022 a évidemment des conséquences sur la saison de pêche à venir, à commencer par l’ouverture. Quelle stratégie adopter dans ce cas ? Les secteurs les plus impactés ont été les petits cours d’eau (ruisseaux et petites rivières). Dans certains cas, des truites ont certainement migré pour les recoloniser. Mais pas partout, et dans quelle mesure? Il peut donc être prudent d’éviter ces types de cours d’eau, particulièrement dans les zones les plus touchées. C’est également le cas des parties aval des rivières qui se sont le plus réchauffées et où les truites ont pu migrer en amont. Il est difficile de savoir si ces poissons sont redescendus cet hiver.

Le rôle des zones humides

À l’inverse, d’autres rivières ont vraiment souffert et certains réseaux ont connu des assecs. L’influence de la nature des bassins-versants a beaucoup joué sur la résilience des cours d’eau. Ceux s’écoulant sur des sols offrant naturellement de faibles capacités de stockage d’eau (substrats granitiques ou schisteux très imperméables par exemple) ont davantage souffert que ceux bénéficiant de sols capables de stocker l’eau et d’offrir des réserves en période de sécheresse. Les rivières bénéficiant des apports de zones humides encore préservées et jouant leur rôle d’éponge ont bien mieux résisté, contrairement à celles dont les bassins-versants ont été massivement drainés. C’est à ce moment-là que l’on perçoit les effets dramatiques des drainages massifs réalisés depuis des décennies et souvent subventionnés !

Cette jolie truite sur sa frayère est le symbole de l’avenir. Souhaitons que le recrutement 2023 soit favorable. 
Crédit photo : Marc Delacoste

Quel impact sur « votre » rivière ?

Comment savoir si votre rivière fétiche a été impactée ? Pas facile, surtout si on n’habite pas à proximité. Premier indice: jusqu’à quel plancher est descendu le débit en 2022. Des sites internet comme hydro.eaufrance.fr permettent de visualiser les débits 2022 de certaines rivières et de se faire une idée pour celles qui ne sont pas suivies mais qui sont situées à proximité. Autre moyen : les fédérations, qui connaissent bien leur réseau et qui ont suivi de près la crise 2022. Enfin, les réseaux sociaux peuvent aussi être utiles, même si la qualité des informations qui y circulent est très variable. L’idéal serait d’avoir parcouru les berges en novembre et décembre, au moment de la reproduction. C’est le meilleur moyen pour se faire une idée du peuplement d’une rivière.

Des truites résilientes

Lorsque des assecs ont été observés, ou que des températures élevées ont été mesurées, tout est-il perdu ? Pas forcément. La truite est en effet une espèce capable d’une bonne résilience. La sécheresse 2003 nous en a déjà apporté la preuve. Dans l’Aveyron par exemple, de nombreux ruisseaux y avaient partiellement séché. Quelques truites avaient survécu dans des trous restés en eau ici ou là. L’automne suivant, les pêches électriques réalisées par la fédération avaient permis de constater une quantité d’alevins très importante. La reproduction de ces quelques rescapées, ajoutée à des conditions hydrologiques favorables à la survie des jeunes alevins, avait suffi à relancer une bonne génération dès l’année suivante, point de départ de la recolonisation du cours d’eau. Dans le cas des zones aval, les truites migrent dès que l’eau se réchauffe trop et remontent vers des secteurs où la température est plus clémente. Nous avons des exemples avec les dispositifs de comptage de poissons, comme en 2020 dans le gave d’Oloron, quand Migradour a observé le passage de plus de 2000 truites en une semaine lorsque la température a atteint 20°C. Cela illustre bien l’impérative nécessité de restaurer la libre circulation des poissons et d’aménager tous les obstacles pouvant les empêcher de circuler, sans quoi les conséquences peuvent être dramatiques. Dans ces secteurs, les truites possèdent une étonnante capacité à trouver des zones de « refuge thermique », qu’il s’agisse d’une résurgence de nappe localisée, de fosses profondes ou d’anfractuosité dans lesquelles elles peuvent se rassembler pour passer la crise.

La situation des rivières et ruisseaux fut très disparate durant cette sécheresse estivale 2022. D’une région à l’autre et parfois même au cœur d’un bassin-versant.
Crédit photo : Marc Delacoste

Entretenir nos cours d'eau

Les impacts de cet épisode climatique pourront se résorber relativement rapidement, en trois ou quatre ans parfois. Importants pour le court terme donc, mais pas forcément sur le moyen terme. À condition cependant que les années à venir ne nous réservent pas le même cocktail empoisonné. Un des risques se situe en effet dans la récurrence de ce genre d’épisodes à l’avenir. Si nous nous installions dans une séquence de sécheresse longue, de plusieurs années comme le connaissent déjà certaines régions du globe (la Californie par exemple), ce serait dramatique. Si nos truites et nos milieux aquatiques peuvent encaisser ce genre de crise épisodiquement, les données changeraient si elles étaient rapprochées ou se suivaient. Afin de préserver l’avenir, il faut tout faire pour favoriser la résilience de nos cours d’eau et de nos populations de truites. Arrêter les drainages pour redonner aux sols la capacité de stocker l’eau et restaurer la continuité écologique, afin que les poissons puissent trouver des zones refuges en période de crise, fait partie des actions importantes. Il convient aussi de préserver la ripisylve, car ces arbres procurent de l’ombrage à nos rivières et limitent leur réchauffement. Ils offrent aussi des zones d’abris avec leur racinaire. Nous devons restaurer la continuité sédimentaire là où elle est très perturbée, afin que les rivières se regarnissent d’un bon « matelas alluvial ». L’eau circule dans ce « sous-écoulement » et se rafraîchit. Les différences peuvent être spectaculaires et atteindre plusieurs degrés ! L’épisode 2022 s’inscrit pleinement dans les prévisions pessimistes des climatologues. Il est essentiel d’œuvrer à améliorer la résilience de nos cours d’eau !

1 Où pêcher après la canicule ?
2 Quel avenir pour nos truites ?

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Biologie - Environnement

Magazine n°933 - Février 2023

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